Clichés

CLICHES
L’accouchement est douloureux. Pas celui d’une mère, qui serait plutôt, éventuellement, difficile. Mais celui d’un artiste, d’un écrivain quand il s’agit de son œuvre. Dans un de ces ouvrages mordants et légers à la fois dont il a le secret, Jean-Loup Chiflet s’en prend à « 99 clichés à foutre à la poubelle » (Éditions Points). Ces images dont usent et abusent les médias (et nous et nous ?), les politiques et autres faiseurs d’actualité.
Cela va du silence assourdissant au tournant historique en passant par le charme discret, le stupide accident, la banalité affligeante, le large débat, la pédale douce, la morosité ambiante, l’immense majorité ou la pagaille monstre… Le « grammairien buissonnier », ainsi qu’il se qualifie, n’aime pas non plus la dose homéopathique mise à toutes les sauces (il préfère un soupçon, un doigt, une goutte…), pas plus que la panacée universelle, qui « n’a pas réussi à guérir notre pléonasmique chronique ». Et il fait un sort à « Des suites d’une longue maladie », qui, heureusement, est de moins en moins employé, le mot cancer n’étant plus tabou.
Dans un autre livre, car ce n’est pas un cliché, Jean-Loup Chiflet pourrait s’en prendre au politiquement correct « personnes » pour désigner des individus ayant un état ou une caractéristique pouvant être considéré comme négatif : personnes malades, personnes handicapées, personnes défavorisées, personnes séropositives, personnes prostituées… Cela a commencé avec personnes âgées, pour ne pas dire vieux. Et l’on en est maintenant, comme dans une invitation des ministères de la Santé et de la Justice, à parler de personnes détenues. Comme ne dirait pas Chiflet, il faut remettre les pendules à l’heure.

Lu dans le Quotidien du Médecin

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