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L’histoire vaut bien une tête (…d’Henri IV)

Paris, le jeudi 16 décembre 2010 – On l’appelle « l’Indiana Jones des cimetières ». Philippe Charlier, médecin légiste à Garches se passionne depuis longtemps pour les morts célèbres : c’est lui qui a pu révéler qu’Agnès Sorel, favorite de Charles VII, avait été empoisonnée au mercure. Aussi, quand deux journalistes lui apportent la prétendue tête d’Henri IV (oserait-on dire sur un plateau) Philippe Charlier ne va pas bouder son plaisir pour tenter de déterminer si oui on non il s’agit bien de celle du monarque, décapité de façon posthume en 1793, comme plusieurs autres de ses aïeuls et descendants qui reposaient à Saint Denis.
Perdre sa tête à 84 ans, il y a pire, vous ne trouvez pas ?
Avant que Pierre Charlier ne s’empare de ce casse tête, il a fallu retrouver la trace du fameux crâne. Cette quête a été celle de deux journalistes qui racontent leur recherche historique dans Paris Match. Certains admirateurs du roi Henri IV n’ignoraient peut-être pas qu’un brocanteur montmartrois, un certain Joseph-Emile Bourdais avait longtemps prétendu avoir acquis lors d’une vente aux enchères en 1919 pour la somme de trois francs la tête du monarque. Cependant aucun des musées auquel il avait présenté sa relique n’avait voulu authentifier le crâne. Aussi, la tête en fut perdue et ce n’est qu’en 2008 qu’elle sera retrouvée chez un retraité, l’ayant acheté en 1955 à la sœur de Joseph-Emile Bourdais. Pendant longtemps Jacques Bellanger a refusé d’évoquer l’existence de ce trésor, mais s’il a accepté de la confier aux deux enquêteurs qui se sont présentés chez lui un jour de janvier c’est a-t-il expliqué parce que « perdre sa tête à 84 ans, il y a pire, vous ne trouvez pas ? ».
L’art des Italiens
Recueillie, la tête du bon roi Henri IV est alors soumise aux soins de Philippe Charlier. Son équipe espère que la voie la plus simple lui permettra de percer à jour le mystère : des analyses ADN !

Reconstruction numérisée de la face à partir d’une tomodensitométrie 3D du crâne et des caractéristiques de la tête momifiée.
Cependant la comparaison entre les prélèvements effectués sur différentes reliques d’Henri IV (conservées à Pau, au musée Tavet-Delacour à Pontoise et au musée Bertrand à Châteauroux) et ceux réalisés sur le crâne n’a pu aboutir.
L’ADN s’est en effet révélé trop segmenté pour être lisible. D’autres méthodes vont donc devoir être utilisées. Certaines pistes sont prometteuses : la présence d’un naevus nasal signe souvent distinctif sur les portraits du roi de Navarre, la découverte de traces d’or évoquant un tombeau prestigieux et les constatations du Dr Charlier semblent conforter la légende : « Il s’agit d’un homme âgé de type européen », souligne-t-il. Et surtout « La tête a bien été arrachée après la mort ».

Retour à Saint Denis
Cependant, ce qui interpelle les historiens et scientifiques c’est que le crâne d’Henri IV ne semble pas avoir été ni scié, ni trépané, contrairement aux mœurs royales de l’époque lors de « l’ouverture » des corps. Le cerveau est même toujours en place. Le casse tête qui semblait éloigner de la piste si alléchante va prendre fin quand sera découvert dans un livre intitulé l’ « Histoire des Girondins » de Lamartine l’information selon laquelle Henri IV aurait été « embaumé avec l’art des Italiens », c’est à dire sans aucune mutilation du précieux cerveau. La thèse est confirmée quand le docteur Charler retrouve dans les archives italiennes le nom du médecin ayant embaumé le roi des Français.
Sans prendre la grosse tête
Enfin, alors que des parfumeurs s’étaient également penchés sur le crâne royal pour déterminer les habitudes de l’embaumeur et tandis que le portrait robot réalisé par le docteur en anthropologie Jean-Noël Vigal lui avait permis d’affirmer que l’identité de la tête ne faisait guère de doute, les conclusions de Phillippe Charlier vont être publiquement présentées aujourd’hui à Paris après avoir été publiées par le British Medical Journal hier.
Et le corps d’Henri IV retrouvera toute sa tête à la basilique Saint Denis.

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