Céline Bourragué

Céline Bourragué

Digital Manager

Gros pipis et petits sous…

Saviez-vous que l’expression L’argent n’a pas d’odeur, passée dans le langage courant, est due à lempereur Vespasien (9-79) ?

Pendant longtemps en effet, l’urine était collectée par les tanneurs pour assouplir les peaux et les blanchisseurs pour dégraisser les tissus – une matière première comme une autre en quelque sorte. L’empereur décida de lever un impôt sur cette collecte. Une taxe si mal vue que son fils la lui aurait reprochée. Vespasien aurait pris une pièce d’argent, l’aurait brandie sous le nez de son fils et dit : L’argent n’a pas d’odeur.

Paradoxalement, c’est à des toilettes gratuites qu’un préfet de Paris donne le nom de vespasiennes en 1834. Ces urinoirs publics pour hommes sont installés sur les places ou les parcs des villes.
Pour des raisons d’hygiène et d’odeur, leur suppression se fait progressivement à partir des années 1960.
A partir de 1980, elles sont définitivement remplacées par des sanisettes (le nouveau nom officiel), souvent payantes et désormais accessibles aux femmes aussi.

A l’eau ou à sec ?

Aujourd’hui, le monde se partage en deux : les pays où l’on utilise du papier hygiénique et ceux où l’on se lave à l’eau avec la main gauche (pays où il est donc obligatoire de prendre les aliments avec la seule main droite).
L’idée d’un lavage manuel (des petits robinets d’eau sont disposés en contrebas des toilettes) révulse les premiers, l’idée du papier (qui ne peut nettoyer totalement) révulse les seconds. À chacun sa méthode.

Des toilettes d’hier…

Dans les campagnes européennes d’autrefois, c’était simple. On faisait dans l’étable l’hiver, ses besoins en pleine nature l’été (ou plus tard dans un petit cabanon au fond du jardin).

Dans les villes, c’était plus compliqué. On utilisait parfois un trou creusé dans la cave, les jardins publics (ceux du Palais-Royal sentaient l’urine…) ou bien, plus fréquemment, on jetait le contenu de son pot de chambre où l’on pouvait, à même la rue en général, car elles étaient pourvues de rigoles ou d’un canal central acheminant les excréments vers des fosses.

Les solutions imaginées sont nombreuses : des toilettes publiques (sans murs ni séparation) construites au-dessus des égouts dans la Rome antique, des latrines suspendues au-dessus des douves dans les châteaux du Moyen Age, des chaises percées sous l’Ancien Régime, du laisser-aller à même le sol dans les débarras ou sous les escaliers (comme le faisaient les courtisans à Versailles par exemple)…

… à celles d’aujourd’hui

L’urine est longtemps utilisée par les tanneurs et les excréments comme engrais dans les champs. À Paris ou à Londres par exemple, les fosses d’aisance dans lesquelles se déversent les saletés des rues sont vidées manuellement la nuit et leur contenu acheminé vers les campagnes voisines pour y être vendu. 90 % des excréments étaient ainsi recyclés jusqu’au milieu du XIXe siècle en Europe.

Au milieu du XIXe siècle, catastrophe ! L’arrivée d’engrais moins chers (le guano par exemple) rend ce commerce moins rentable au moment précis où la population des villes explose ! Quand l’été est chaud, la puanteur est totale !

En quelques décennies, les gouvernements lancent une révolution sanitaire qui met en place un système d’égouts efficace et développent pour les particuliers urbains des toilettes à eau avec un siphon bloquant les odeurs.

Nos modernes machines du petit coin comme on le disait alors, sont en route. À petite vitesse cependant : en 1908, 10 % seulement des logements ont des WC, un pourcentage qui ne s’élève encore qu’à 50 % en 1950…

Ah ! Le Japon !

Et si le Japon dispose d’une Journée nationale des toilettes, c’est sans doute parce que les leurs sont les plus performantes du monde, pourvues de jets d’eau de lavage, de commandes électroniques, de ventilation, de multiples gadgets…

Et Amélie Nothomb, qui raconte avec humour et talent ses déboires de jeune stagiaire de l’entreprise Yumimoto rétrogradée au rang de dame pipi dans Stupeur et tremblements, aura sans nul doute, le 9 novembre prochain, une petite pensée pour l’Empire du Soleil levant…

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