Céline Bourragué

Céline Bourragué

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L’univers est-il né sans Dieu ?

Et Dieu dans tout ça ? Lorsque Napoléon demanda au physicien Pierre-Simon de Laplace pourquoi il ne faisait jamais référence au Créateur dans les cinq volumes de Mécanique céleste, son œuvre maîtresse, le savant répondit sans ambages : «Sire, je n’avais pas besoin de cette hypothèse.»
Deux siècles plus tard, Stephen Hawking semble se ranger derrière l’athéisme scientifique de son illustre aîné. Dans The Grand Design (en français, Le Grand Dessein) le célèbre astrophysicien britannique exclut à son tour toute intervention divine dans le processus qui a conduit à la création de l’Univers. Selon lui, les lois de la physique telles que nous les connaissons aujourd’hui, et notamment la force gravitationnelle, suffisent à répondre à la question fondamentale formulée par le philosophe allemand Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), il y a 300 ans : «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?» «En raison de la loi de la gravité, l’univers peut se créer de lui-même, à partir de rien, écrit Hawking .
La création spontanée est la raison pour laquelle quelque chose existe, pour laquelle l’univers existe, pour laquelle nous existons.» Du coup, «il n’est pas nécessaire d’invoquer Dieu pour activer l’univers», conclut ce savant atteint depuis plus de quarante ans de sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative paralysante diagnostiquée alors qu’il n’avait que 22 ans.
Ce faisant, Hawking se démarque d’Isaac Newton (1642-1727), l’auteur de la théorie de la gravitation universelle, dont il occupa jusqu’à l’an passé la chaire à l’université d’Oxford, qui estimait que l’Univers n’avait pu être créé sans la main de Dieu. Mais il rompt également avec ses propres positions. En 1988, en effet, dans Une brève histoire du temps, l’existence d’un dieu créateur ne lui paraissait pas incompatible avec la réflexion scientifique.
Qu’est-ce qui dans les découvertes récentes ou plus anciennes, si l’on se réfère à Laplace, permet à Hawking d’être aujourd’hui aussi affirmatif ? L’auteur voit d’abord dans la découverte de la première exoplanète en 1992 et, au-delà, dans la possibilité qu’il existe une multitude d’univers issus d’une multitude de big bangs, la preuve que «la Terre n’a pas été conçue dans le but précis de nous satisfaire, nous les êtres humains». Si tel avait été le cas, «si Dieu avait vraiment eu l’intention de créer le genre humain, cela voudrait dire que tous ces mondes inatteignables sont redondants», suggère-t-il.
Autre argument proposé par Hawking : la théorie M ou «théorie du Tout» en passe, selon lui, de répondre à l’un des plus grands défis de la physique théorique. Il s’agit ni plus ni moins de «réconcilier» la mécanique quantique, qui rend compte de l’infiniment petit, avec la gravitation qui régit les lois de la physique à l’échelle cosmique. Un casse-tête que, depuis Einstein, personne n’est parvenu à résoudre. Mais qui permettrait à la raison humaine de se passer définitivement de Dieu pour comprendre la nature dans ses moindres détails.
Enfin, le rôle créateur que Hawking attribue à la gravitation est sujet à caution. L’Univers a-t-il créé les lois de la physique ou ces dernières preéxistaient-elles ? La question n’est pas tranchée. Ensuite, «faut-il comprendre que la gravitation se trouvait déjà dans le néant originel ? Mais alors, pourquoi ne pas dire que Dieu est la gravité même ?», ironise Étienne Klein (2) qui publie le 20 octobre un livre dans lequel il porte un regard critique sur ce sempiternel débat autour de la question des origines. Et de citer le philosophe Ludwig Wittgenstein (1889-1951) qui s’interrogeait : «Pourquoi faudrait-il que le fait que le monde ait commencé à être soit un plus grand miracle que le fait d’avoir continué à être ?

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