Céline Bourragué

Céline Bourragué

Digital Manager

Quel est le médicament le plus efficace contre la mortalité infantile ? L’instruction des mères !

 

Malgré des inégalités toujours criantes entre pays riches et pauvres, la mortalité infantile a très sensiblement reculé dans le monde au cours des 4 dernières décennies. C’est ainsi que les organismes internationaux estiment qu’entre 1970 à 2009, le nombre d’enfants mourant chaque année avant l’âge de 5 ans a diminué de 8,2 millions sur notre planète. Mais, les causes de cette baisse de la mortalité infantile dans le monde sont mal précisées. Le phénomène est en effet multifactoriel et il est difficile de distinguer ce qui revient directement à l’accroissement du revenu par habitant, à l’élévation du niveau d’instruction, à l’amélioration des structures sanitaires ou aux progrès de la médecine.
0,4 ans d’études pour une fille en Afghanistan contre 13,6 en Norvège
Emmanuela Gakidou a constitué sur le sujet une impressionnante base de données compilant les résultats de 915 études et recensements provenant de 219 pays entre 1953 et 2008.
Elle nous apprend que, par exemple, le nombre moyen d’années d’instruction des sujets de plus de 25 ans est actuellement de 2,6 ans chez les hommes afghans et de 0,4 chez les femmes, tandis qu’il est de 13,6 ans pour les hommes et les femmes en Norvège ! Au-delà de cet écart très important en terme de niveau d’instruction moyen entre les pays, ce travail met en lumière un différentiel entre hommes et femmes persistant dans certains états et qui semble indépendant du revenu par habitant. C’est ainsi par exemple que dans des pays pauvres comme ceux d’Amérique latine le niveau d’instruction atteint par les hommes et les femmes était globalement identique en 2009 tandis que dans certains états d’Afrique ou d’Asie ayant un revenu par habitant pourtant équivalent les disparités entre hommes et femmes sont encore très marquées. Pour ne citer qu’un exemple en Algérie les hommes de plus de 25 ans aujourd’hui, ont suivi en moyenne 4,7 ans années d’école contre 1,9 pour les femmes. Tout se passe donc comme si des phénomènes culturels et non seulement économiques ont une influence majeure sur les inégalités hommes-femmes dans ce domaine.
L’allongement de la scolarité féminine expliquerait la moitié de la baisse de la mortalité infantile
E Gakidou s’est attaquée à une tache plus ardue puisqu’il s’agissait, en bref, de rechercher des corrélations entre l’amélioration du niveau d’éducation des femmes (et donc des mères) ces 40 dernières années et la baisse de la mortalité infantile. Pour les auteurs la moitié de la baisse de la mortalité infantile constatée depuis 1970 (soit 4,2 millions de décès évités) s’expliquerait par l’augmentation du niveau d’instruction des filles et ce indépendamment des progrès enregistrés en matière de revenu par habitant, de l’amélioration des structures sanitaires et des progrès de la médecine.
L’exemple de la Chine
L’importance de l’éducation des jeunes filles indépendamment du niveau économique dans la baisse de la mortalité infantile est attestée par quelques exemples. Ainsi, dans des pays comme la Chine, le Sri Lanka ou le Costa Rica où le revenu par tête est très faible et le niveau d’instruction des filles relativement élevé, la mortalité infantile est en baisse très nette.
Pourquoi les enfants de mères instruites meurent-ils moins ?
Quant aux mécanismes par lesquels le niveau d’instruction des mères influerait sur la survie des enfants, ils passeraient par des effets directs (meilleure hygiène domestique, meilleure alimentation et meilleure utilisation des services de santé, capacité accrue de décision des mères) et indirects (possibilité d’accroître son revenu, accès à un travail indépendant et au contrôle des naissances).
On le voit investir dans l’éducation, et tout particulièrement dans celle des filles, est l’un des moyens les plus rentables dont nous disposons pour réduire la mortalité infantile.

Dr Nicolas Chabert

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