Céline Bourragué

Céline Bourragué

Chef de projet digital

Ces deux hommes…

Eddy Mitchell – Sur la route de Memphis

J’ai connu deux hommes exceptionnels et je vais vous les présenter à travers ces quelques phrases. Ils se sont connus lors de belles occasions mais ne se sont pas vus souvent. À présent, ils sont l’un à côté de l’autre, à veiller sur nous.

L’un a vécu la grande guerre, l’autre a fait celle du Vietnam.

[hidepost=0]– M –
Pas besoin de télé ni de livres pour se distraire, uniquement des souvenirs heureux se dégageant de l’horreur. C’est ce qu’il me répondait alors que je lui demandais ce qu’il faisait, assis sur sa chaise de bureau. Il me désignait sa tête et me disait que ses pensées lui suffisaient. Moi aussi j’aime penser, j’aime à penser qu’un jour aussi, j’occuperai les heures en me remémorant certains passages de ma vie. J’espère ressentir ce besoin. J’espère que mes souvenirs auront le mérite de remonter à la surface, me replongeant dans les années passées.

– G –
Il était peintre. Son talent a évolué au fil des années et son art s’est arrêté sur une touche sucrée. Les berlingots se sont éparpillés sur la toile. J’ai toujours été étonnée de les voir. J’étais habituée aux réalistes paysages dans lesquels je m’imaginais. C’était cette reproduction de Dufy dont je ne peux vous parler mais je la vois encore à chaque fois que… ou encore celle de la tombe de Van Gogh. Là je tombais et virevoltais dans les épis de blé. Il me faut cette toile ! Mais il n’y avait pas que du copié-collé.

– M-
L’un de mes premiers longs voyages. Ado, toute nouvelle expérience était pour moi d’une excitation sans nom. Suis-je encore une ado ? Oui. Ce voyage, l’air chaud et sec de l’Arizona, et une infinie grandeur m’étourdissaient. Imaginez, des rues étroites et remplies deviennent des avenues propres et vides, mais vivantes. Après dîner, on partait arpenter les rues pour une petite balade digestive, et on [re]faisait le monde. Un soir, je le questionnai sur la signification d’éclairs dans le ciel, tels que le faisceau de la Tour Eiffel ou de celui d’un phare, mais en plus prononcés, plus nombreux. Il m’expliqua qu’il s’agissait des rayons météorologiques. Faisaient-il la pluie ou le beau temps ? Ce soir-là en tout cas, il faisait beau. Beau car je venais de découvrir ma passion : le ciel et son champs lexical.

– G –
Ah s’il savait que je marchais sur ses pas et ceux d’un autre. J’aimais entendre sa voix au téléphone, discuter avec lui de tout et de rien. Il m’apprenait des tas de choses, toutes oubliées à mon grand regret. Aujourd’hui, je pars à la conquête de cette unique famille, dissolue un peu partout. Il en serait très fier.

Ils sont partis et triste je suis. C’est en pensant à ça que j’aurais du… j’aurais du.[/hidepost]